Dossier documentaire sur l’évolution de la législation européenne sur l’avortement

3. Women on Waves et Women on Web

Posted on: 24 octobre 2009

Il y a quelques années, une ONG a été créée pour fournir une alternative à ces types d’avortements onéreux, dangereux et illégaux : il s’agit de Women on Waves, fondée par un médecin néerlandais, Rebecca Gomperts, dont le but est de permettre à des femmes, résidant dans des pays à la législation très restrictive en matière d’avortement, de bénéficier d’informations fiables à ce sujet, et même de pouvoir obtenir une IVG sans danger si elles le désirent. C’est en 1997 que Rebecca Gomperts, ancien médecin de bord du Rainbow Warrior de Greenpeace, a eu l’idée de mettre en place une initiative de ce type, après avoir été témoin, lors de ses expéditions, de l’absence de droits des jeunes filles et des femmes à travers le monde[1]. Par la suite, elle a monté le projet quasiment seule pendant deux ans, période au cours de laquelle elle a étudié toutes les implications légales de la question et levé des fonds.

Pour mener à bien ces opérations, l’ONG a acquis et inauguré, en 2001, un « bateau-clinique » muni de matériel d’information et d’un conteneur aménagé en cabinet gynécologique complet, sur lequel voguent deux médecins, une infirmière et sept hommes d’équipage. Il se rend sur les côtes de pays européens hostiles à l’avortement afin d’accueillir à son bord les femmes intéressées par cette initiative et de leur permettre d’avorter gratuitement. Le gouvernement néerlandais a en effet donné aux médecins du bord l’autorisation de pratiquer des IVG jusqu’à six semaines et demie de grossesse et de distribuer la pilule abortive RU 486 dans les eaux internationales.

Le bateau s’est déjà rendu en Irlande en 2001[2], en Pologne en 2003[3] et au Portugal en 2004[4]. Si, lors de chaque mission, l’hostilité du gouvernement en place et d’une partie de la population a fortement compromis la réalisation des interventions, l’ONG a néanmoins pu remplir une partie de ses missions : informer les femmes en matière d’avortement et de contraception, mais aussi susciter un débat dans les pays où l’IVG reste un tabou, et sensibiliser l’opinion publique européenne. Gunilla Kleiverda, la gynécologue de Women on Waves, confiait ainsi à Libération, lors de la mission au Portugal en 2004 : « On sait qu’on ne peut pas faire grand-chose pour celles qui font appel à nous. Mais je pense que ça fait bouger l’opinion publique, et à terme, la loi. »[5]

Rebecca Gomperts, qui consacrait alors une part importante de son activité à délivrer aux femmes l’ayant contactée des conseils sur les possibilités d’utiliser certains médicaments pour avorter, a par la suite songé à faire la promotion de cette approche par le web. C’est ainsi que Women on Web a été lancé, en 2006, pour prolonger Women on Waves. Le site Internet permet aux femmes intéressées d’obtenir des informations sur la manière de se procurer et d’utiliser de manière sécuritaire deux produits abortifs disponibles en pharmacie dans un grand nombre de pays, le Mifepristone et du Misoprostol, et même de se les faire expédier par voie postale si nécessaire. Après remplissage d’un questionnaire sur le site afin de vérifier l’absence de contre-indication, les femmes peuvent bénéficier d’un service de consultation en ligne, de recommandations quant à l’utilisation des médicaments, et enfin de conseils afin de pouvoir faire passer l’avortement pour une fausse couche et d’éviter ainsi d’éventuelles poursuites judiciaires. Depuis 2006, des milliers de femmes, issues de plus de quatre-vingts pays, ont ainsi bénéficié des services de Women on Web, offerts gratuitement aux plus démunies. Cette initiative a cependant été soumise aux critiques d’une partie de la communauté médicale, notamment en raison des risques découlant de ces auto-avortements, ainsi que de l’absence de résultat dans certains cas. Enfin, bien que Rebecca Gomperts affirme s’être assurée de la légalité de ce projet, les responsables du site qui expédient des produits abortifs dans des pays interdisant l’IVG ne sont pas assurés d’être protégés de toute poursuite juridique. [6]


[1] KOELEWIJN, Jannetje. Et vogue la bannière. Courrier International, 10 nov. 2004.

[2] FRANCO, Alain. Un « bateau de l’avortement » néerlandais sur les côtes irlandaises. Le Monde, 13 juin 2001.

[3] OSSER, Bernard. Un bateau-clinique hollandais relance la polémique sur l’avortement. Le Figaro, 25 juin 2003.

[4] CAMBON, Diane. Un « bateau avortement » suscite la polémique. Le Figaro, 3 sept. 2004. ; COLSON, Marie-Laure. Quand l’IVG bat pavillon. Libération, 8 sept. 2004, p. 38-39.

[5] COLSON, Marie-Laure. Quand l’IVG bat pavillon. Libération, 8 sept. 2004, p. 38-39.

[6] THIBODEAU, Marc. L’avortement s’exporte par la poste. In Cyberpresse Inc. Cyberpresse.ca [en ligne]. [S.l.] : Cyberpresse Inc., 7 déc. 2008 [réf. du 25 févr. 2009].

Disponible sur le World Wide Web : < http://www.cyberpresse.ca/international/correspondants/200812/07/01-808073-lavortement-sexporte-par-la-poste.php >

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