Publié par : dossierdocparis8 le : 24 octobre 2009
Pour Françoise Laurant, « la marche vers la maîtrise de la fécondité a été la grande révolution de la deuxième moitié du XXème siècle »[1]. Incluant le développement des moyens de contraception et du droit à l’avortement, ce mouvement a permis aux femmes d’acquérir une plus grande autonomie sociale et de s’émanciper d’institutions telles que l’Eglise catholique, les organisations conservatrices ou encore la société dans son ensemble… En Europe, le droit à l’avortement a effectivement connu, dans le dernier tiers du XXème siècle, un processus de libéralisation progressive à travers l’assouplissement des législations nationales dans ce domaine, notamment sous la pression des mouvements féministes. C’est dans les années 1970 et 1980 que la plupart des pays européens adoptent des lois légalisant l’IVG, plus ou moins restrictives : la Grande-Bretagne inaugure cette dynamique avec l’Abortion Act de 1967, puis suivent la Finlande en 1970, le Danemark en 1973, l’Autriche, Chypre, la France et la Suède en 1974, la Grèce, l’Italie et le Luxembourg en 1978, les Pays-Bas en 1981, le Portugal et l’Espagne en 1984 et 1985, la République Tchèque et la Slovaquie en 1986…
Mais l’accès à un avortement sûr et légal reste une conquête inachevée dans les pays européens. Certains pays ont résisté à ce mouvement global, parfois assez durement, d’autres ont même connu des reculs, comme par exemple la Pologne qui, depuis 1992-1993, a considérablement restreint les droits en la matière. La question a également retrouvé une acuité particulière à l’occasion de l’arrivée de nouveaux Etats membres. Ces données font qu’aujourd’hui, l’Europe est la partie du monde où les disparités entre pays en matière de droits des femmes sont les plus fortes : alors que l’avortement est totalement libéralisé dans certains Etats membres, il est quasiment totalement interdit (sauf pour sauver la vie de la femme) dans d’autres. L’Europe occidentale, où les moyens de contraception moderne sont largement entrés dans les mœurs, connaît un taux d’avortement bien inférieur à celui des pays d’Europe de l’Est, où le durcissement du droit à l’avortement, consécutif à la dissolution du bloc soviétique et au regain d’influence de l’Eglise, contraint nombre de femmes à recourir à des avortements clandestins ou à aller à l’étranger pour subir une IVG.